Mosaique de la chapelle Redemptoris Mater ,par Marko Rupnik sj

Mosaique de la chapelle Redemptoris Mater ,par Marko Rupnik sj
Mosaique de la Chapelle Redemptoris Mater ,par Marko Rupnik sj

La tâche prophétique de l'agent de communication chrétien

« L'agent de communication chrétien en particulier a une tâche prophétique, une vocation: dénoncer les faux dieux et les fausses idoles d'aujourd'hui — matérialisme, hédonisme, consumérisme, nationalisme étroit, etc. ... — proclamant à tous un ensemble de vérités morales fondées sur la dignité et les droits humains, l'option préférentielle pour les pauvres, la destination universelle des biens, l'amour des ennemis et le respect inconditionnel de toute forme de vie humaine, de la conception à la mort naturelle; et la recherche de la réalisation la plus parfaite du Royaume dans ce monde, tout en demeurant conscient que, à la fin des temps, Jésus restaurera toutes choses et les retournera au Père » (cf. 1 Co 15,24)." {

{L'ethique dans les moyens de communication sociale", Mgr John Folley Vatican 2000}

vendredi 30 mars 2018

La difficile liberté d'expression


La difficile liberté d'expression

Publié le par Garrigues et Sentiers

Au moment de l’attentat contre Charlie Hebdo et dans le brouhaha des réprobations justement provoquées par ce crime, on a hautement proclamé que la « liberté d’expression » devait être une, entière, intangible, quasiment sacrée. L'article 19 de laDéclaration universelle des droits de l'homme de 1948 l’énonce ainsi : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »

Pourquoi pas, puisqu’elle est largement la clef de la liberté tout court ? Mais elle n’est pas sans danger d’excès et de superfluité, d’ailleurs prévu par le législateur. Ainsi, l’article 11 rappelle que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

La question majeure qui se pose alors c’est : qui va déterminer ces cas et selon quels critères « objectifs » ? Par exemple, un large courant d’opinion a réussi à interdire la réédition des pamphlets antisémites de Céline, ce qui est dans la logique de ces « cas déterminés » par la loi » interdisant les incitations à la haine raciale, nationale ou religieuse et suscitant un appel au meurtre, qui sont des délits.

Indépendamment de ses textes odieux contre les Juifs, je n’aime pas les écrits de Céline, quoique certains critiques crient au génie. J’en ai le droit ! Je trouve sa langue abrupte, parfois brute tout court (comme on dit « brut de décoffrage »). Je n’apprécie pas sa construction de phrases parfois chaotiques. Bref, je n’aime pas. Et, bien sûr, encore moins ses pamphlets, fussent-ils vigoureux et fortement imagés. Mes remarques ne sont donc pas un plaidoyer en faveur de l’homme ni de ses écrits, à aucun titre.

Cette détestation — littéraire mais pas seulement — me met à l’aise pour reposer la question candide : « Comment définir les limites à la liberté d’expression ? » On dira, et c’est très vrai, que le cas de l’antisémitisme, après le cataclysme de la Shoah, est particulier parce que « hors norme ». Il reste qu’une liberté est absolue ou relative. Si elle était absolue, elle ne devrait souffrir aucune exception. Elle n’est légalement que relative, même si on l’a oublié pour Charlie. Alors par qui, sur quels critères et jusqu’à quel degré va-t-on déterminer qu’il y a « incitations à la haine raciale, nationale ou religieuse » ?

De même, un courant d’opinion a obtenu récemment le retrait de la « commémoration » (qui n’est pas une célébration, ont rappellé les historiens responsables de ce choix) du 150e anniversaire de la naissance de Maurras, parce qu’il fut antisémite et collaborateur. Là encore, je n’ai rigoureusement aucune sympathie pour la personnalité, encore moins pour les idées de cet homme. Mais on ne peut nier l’importance des dites idées, exprimées entre autres à travers L’Action française, dans la vie politique de la IIIe République jusqu’à leur condamnation expresse en 1926 par le pape Pie XI. Ce journal quotidien tirait alors à 100.000 exemplaires et touchait aussi bien des milieux politiques ou intellectuels qu’une partie du clergé, mal remis du « ralliement » des catholiques à la République, imposé par Léon XIII en 1892. Il est difficile de comprendre l’histoire politique française du premier XXe siècle sans connaître cette influence profonde. Va-t-on dans notre pays, pourtant féru en la matière, réécrire l’histoire, comme le firent les staliniens en effaçant la figure de Trotsky des photos officielles et des manuels scolaires soviétiques ?

Le choix n’est pas simple ni facile. Mais l’histoire doit rester libre de dire ce qui en fut : héros et salauds, gloire et vilenie. L’histoire de la colonisation est à cet égard un bon exemple de polémiques inutiles. On n’a pas à juger ce qui est « passé », mais à essayer de comprendre pourquoi et comment les choses se sont déroulées ainsi et, éventuellement, sans trop y croire, à tenter de ne pas retomber dans les mêmes travers. L’« outillage mental », cher à Lucien Febvre, a varié selon les époques, et l’on ne peut reprocher à nos ancêtres de ne pas avoir disposé de concepts élaborés après eux.

Autre exemple, dans le champ pratique de la «l iberté d’expression », on a dit et répété, que la caricature1 : 1° est une tradition bien française ; 2° permet de combattre, en gardant une certaine légèreté, les défauts d’une société. Certaines pratiques de l’Islam, cible fréquente de caricaturistes, apparaissent insupportables, mais les frontières entre leurs adeptes ne sont pas toujours très nettes. Entre l’Islam spirituel et irénique des soufis et la rage destructrice des djihadistes, il existe plus que des nuances que l’observateur non informé – celui qu’on accuse d’« amalgame » – peut avoir du mal à distinguer. Et les « fondamentalistes » mêmes ne présentent pas la même dangerosité. On trouve, parmi eux, aussi bien des salafistes « quiétistes »,essentiellement préoccupés par une réforme morale de l’Islam, que des « politiques », principalement anti-laïques – utilisant tantôt la voie des partis et associations, tantôt la violence, tels les Frères musulmans – ou des djihadistes cherchant à justifier leurs actions terroristes par l’évocation d’un Islam originel, qui n’a pas existé à la manière dont ils le prétendent, par ignorance de leur propre histoire et parfois des textes dont ils se réclament.

Ces distinctions établies, et en n’oubliant pas qu’il existe aussi des musulmans réformateurs dont on ne parle pas assez, les attaques contre le prophète ou telles croyances ne risquent-elles pas d’être ressenties dans un public plus vaste que celui des «radicalisés», comme des injures, voire des blessures, permettant des manipulations de masse? Mal expliquées, elles peuvent renforcer l’inaptitude de certains jeunes à s’intégrer dans notre culture occidentale, qui n’est pas elle-même sans défauts. Faut-il interdire les critiques, ce qui serait antidémocratique, ou en fixer des limites « convenables » au risque de compromissions ? Sans recourir à une autocensure, ne doit-on pas en appeler à la responsabilité et au respect d’autrui, jusqu’au point où le respect doit cesser sous peine de complicité avec l’inacceptable (violence, statut inférieur de la femme, exigences pour une application plus ou moins visible des exigences de la charya, etc.). Il faut le dire alors à haute voix et avec des arguments intelligibles, comme osent le faire les musulmans réformateurs, malgré les risques encourus.

Liberté d’expression, cent fois oui, mais en conscience, capable de mesurer les conséquences sur les autres de ce qu’on dit, écrit ou… dessine.
Marc Delîle

  1. Il y aurait à dire aussi sur la manière et la qualité de la caricature : mesurons la distance entre la qualité des dessins satiriques de Daumier, allusifs et humoristiques (« littéraires », si l’on veut), et certains dessins commis aujourd’hui, plutôt de niveau pipi-caca ou centrés sous la ceinture, finalement pavé de l’ours pour les causes qu’ils prétendent défendre.
  2. Souvenons-nous des émeutes « populaires », sans doute peu spontanées, provoquées en 2006 par le discours e Benoît XVI à Ratisbonne, maladroit peut-être, mais dont l’exemple contesté (la controverse en 1391 entre Manuel II Paléologue et un savant persan)  n’était pas historiquement scandaleux, puisque l’empereur byzantin était encerclé par les Turcs. Il fut le prétexte à une manœuvre anti-chrétienne dans plusieurs pays musulmans.

  3. http://www.garriguesetsentiers.org/-3?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

lundi 12 février 2018

Le cinéma revient à Tyr ,Liban


Kassem Istanbouli réouvre le Cinéma Rívoli

Après la fermeture de Al Hamra et d’AK2000, Tyr n’avait pas de cinéma officiel, mais cela va changer bientôt. Kassem Istanbouli a pris le cinéma abandonné Rívoli de Tyr, pour sa restauration et son ouverture comme un espace culturel pour la ville.

C’est le troisième espace récupéré pour la culture depuis l’année 2014 par l’équipe d’Istanbouli. Al Hamra cinéma de Tyr, Stars Cinema de Nabatiyeh et maintenant le Cinéma Rivoli à Tyr. « Nous sommes tous très heureux de revenir à Tyr, puisque la moitié des membres de l’équipe viennent de Tyr et nous sommes vraiment heureux d’apporter des événements de théâtre, de cinéma et de musique à notre ville », dit Kassem Istanbouli.
Par cette action Istanbouli remarque que de 1959 à 1988 le cinéma de Rívoli a apporté le cinéma de haute qualité et les événements de théâtre à la ville de Tyr, et qu’il retournera apporter la culture à la ville. « Un beau cinéma comme Rívoli ne peut pas continuer abandonné comme il était depuis 1988, nous en avons besoin dans la ville », déclare Istanbouli. Il se souvient de tous les artistes qui ont visité le cinéma Rívoli dans le passé: Jean Marais, Brigitte Bardot, Rushdi Abaza, Emad Hamdy, Omar Hariri, Nadia ALjoundi, Anwar Albaba, Ibrahim Meraachli et Samira Tawfiq, Cheikh Imam, Remy Bendaly, Wadi Al Safi, Muzaffar Anawab, Hassan Alaa Eddin, Duraid Lahham, le travail de Jacob Chedrawiand, Marcel Khalife, Moein Bseiso et Mahmoud Darwish, Ghassan Kanafani. L’histoire du cinéma, du théâtre, de la musique.
Le Rivoli a continué à travailler pendant la guerre et après être bombardé en 1982. Le premier cinéma de Tyr a ouvert en 1939, le Roxy, puis en 1942 a ouvert l’Empire, en 1959 le Cinéma de Rívoli et après quelques années deux autres cinémas ont ouvert: Cinéma Dounia , En 1964, et Al Hamra en 1966. Maintenant tous sont fermés, mais le Rívoli rouvrira bientôt.
Plus d’information:
0096170903846
Tyr, Liban
https://libnanews.com/cinema-revient-a-tyr-liban/

dimanche 11 février 2018

Vatican News piraté : « Dieu est un oignon » !

Vatican News a été piraté. Un article temporaire est apparu sur le site avec pour titre une déclaration du Pape s’exclamant « Dieu est un oignon » ! Le site officiel d’actualité du Saint-Siège contient une vulnérabilité qui permet d’y publier ses propres fake news. Un chercheur belge en cybersécurité a trouvé cette faille et a alerté à plusieurs reprise le Vatican et les administrateurs du site. Sans réponse de leur part, il est passé à l’action et a immortalisé son article par une capture d’écran publiée sur son compte Twitter.

Vatican News, le site d’actualité du Saint-Siège, a été piraté. Un article au titre « Dieu est un oignon » est apparu sur le site ! Une déclaration que l’on devrait au Pape François, mais qui est bien sûr une fake news. Le chercheur belge en cybersécurité Inti De Ceukelaire a découvert une vulnérabilité sur le site d’actualités du Vatican. Et il l’a exploité pour alerter sur la sécurité du site, sans y faire de dégât. L’article était temporaire et servait simplement d’avertissement. En effet, les administrateurs du site n’ont jamais voulu répondre à ses demandes pour corriger la faille. Il a donc agit.


Le site Vatican News a été piraté par un chercheur en cybersécurité

Inti De Ceukelaire a trouvé une vulnérabilité non corrigée sur le site Vatican News. Il s’agit d’une faille XSS (cross-site scripting) qui permet d’injecter du contenu dans une page web. Une action rendue par les navigateurs internet permettant d’en changer l’apparence ou d’y introduire un comportement indésirable. Ici, le chercheur en cybersécurité a exploité une faille XSS réfléchi qui a des conséquences éphémères. Ainsi, son piratage était éphémère, puisque l’article qu’il a introduit n’est pas sauvegardé sur le site.
Son but n’était pas d’être malveillant ni d’occasionner des dégâts, mais bien d’alerter les administrateurs de Vatican News. En effet, les chercheurs en cybersécurité respectent des pratiques de divulgations éthique. Ainsi, il a d’abord prévenu le site de la présence de cette faille. A neuf reprises, sans avoir eu de réponse, ni voir de correctif. Le mois dernier, le Pape François déclarait que les fake news étaient sataniques et a condamné leur utilisation en politique. Inti De Ceukelaire a donc fait un rappel à la sécurité au Pape !
Il y a deux semaines, je leur ai dit que s’ils ne disaient pas qu’ils allaient régler le problème, je ferais une divulgation complète et responsable. Non pas pour leur faire du mal, mais pour montrer que des fake news peuvent facilement se répandre. Pape ou pas, il faut se conformer aux normes de sécurité

Le site Vatican News a été piraté par un chercheur en cybersécurité

http://www.phonandroid.com/vatican-news-pirate-dieu-est-un-oignon.html

Journees Saint François de Sales : Une réunion motivante pour continuer à communiquer au service de la vérité-1

Lourdes, 5 février 2018 (María José Centurión). Environ 300 communicateurs catholiques issus de nombreux pays se sont rencontrés au Sanctuaire de Lourdes (France) du 24 au 26 janvier pour vivre les 22èmes Journées Internationales de Saint François de Sales. C'était la première fois que l'événement était ouvert à la participation internationale.
La rencontre, organisée par la Fédération des Médias Catholiques  (FMC), le Secrétariat pour la Communication du Saint-Siège et SIGNIS, avait comme thème « Médias et Vérité ». Ces journées d'échanges, de réflexions et d'apprentissage se sont surtout centrées autour du message du Pape François pour la 52ème Journée mondiale des communications, qui aura lieu le 13 mai, sur le thème : « La vérité vous rendra libres. Fake News et journalisme de paix. »
La rencontre a commencé par une visite du Sanctuaire de Lourdes, en suivant pas à pas l'histoire de Sainte Bernadette de Soubirous, qui en 1858, à l'âge de 14 ans, y a vu plusieurs apparitions de la Vierge Marie.
L'évêque de Tarbes et de Lourdes, Mgr. Nicolás Brouwet ainsi que le président de la FMC, Jean-Marie Montel ; la présidente de SIGNIS, Helen Osman ; et le préfet du Secrétariat pour la Communication du Saint-Siège, Mgr Dario Viganó ont ensuite ouvert la conférence. Mgr Dario Viganó, a expliqué les points les plus importants du message du Pape François aux communicateurs, annoncés le mercredi 24 janvier à l’occasion de la fête de saint François de Sales, patron de communicateurs et journalistes catholiques.
Plusieurs tables rondes ont été organisées durant la conférence : « La vérité dans ses multiples facettes », « La splendeur de la vérité », ou « Les usages de la vérité ».
Lors de sa présentation, Helen Osman a entre autres souligné que Fake News n’étaient pas un phénomène récent, contrairement aux réseaux sociaux. Elle a également évoqué les raisons pour lesquelles les gens ne croient plus aujourd'hui en les médias, et a déclaré que l'une des raisons est qu'ils considèrent les journalistes comme « l'autre ». Elle a ensuite parlé de la façon dont une partie de l'information diffusée par les journalistes catholiques aux États-Unis était devenue une apologétique, défendant la foi et ne s'intéressant pas à la réalité de la vie quotidienne des gens : « Dans quelle mesure sommes-nous intéressés par les besoins et les espoirs de nos communautés religieuses locales ? Comment nos lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs peuvent-ils nous faire confiance ? (...) ». Enfin, elle a souligné qu'elle était encouragée par le message du Saint-Père à l'occasion de la 52ème Journée mondiale des communications, dans lequel il met au défi les journalistes catholiques de se rappeler que le cœur du travail est la personne humaine.
La messe de clôture a été célébrée par le cardinal Pietro Parolín, secrétaire d'État du Saint-Siège. Au cours de son homélie, le cardinal a rappelé la mission des journalistes, qui n'est pas une profession similaire à d'autres, mais implique un grand engagement. « Leur rôle est complexe, mais fondamental pour une société libre et pluraliste. »

http://www.signis.net/nouvelles/evenements/02-02-2018/journes-saint-franois-de-sales-une-runion-motivante-pour-continuer-communiquer-au-service-de-la-vrit-1

vendredi 9 février 2018

RECENSION du livre de Sœur Marie KEYROUZ, Voix Sacrée - instrument de l’âme.

RECENSION du livre de Sœur Marie KEYROUZ, Voix Sacrée - instrument de l’âme. Editions BAYARD (2017)

Publié le par Patrice Sabater
Voix Sacrée
instrument de l’âme
de Sœur Marie KEYROUZ



Sœur Marie Keyrouz, entrée très jeune dans la Congrégation libanaise des Sœurs Basiliennes chouérites – de rite melkite/grec-catholique, est devenue en trente-trois ans une des voix de la musique sacrée de l’Orient chrétien. En 1984, elle fonde l’Ensemble pour la Paix en réunissant des musiciens de diverses nationalités et surtout de diverses confessions religieuses. Et c’est en unissant la voix et le cœur qu’ensemble ils aident l’enfance défavorisée au Liban et au Proche-Orient. Les fonds récoltés par la vente des livres, des disques et le produit des concerts donnés à travers le monde sont ainsi reversés à son association. Il est utile de commencer notre lecture par cette porte pour sentir avec le cœur ce que cette Libanaise enracinée dans sa foi et dans ses racines les plus profondes au pays des Cèdres essaye de nous dire à chaque moment et depuis de si longues années déjà… Elle « est d’une terre sainte. C’est ma terre sainte… C’est mon Liban », dit-elle à la première ligne de son livre. Et justement les premières pages de cet ouvrage sont consacrées à « cette terre qui devrait rassembler au cœur de Dieu » pour laisser transparaître le cœur du Christ. Est-ce vraiment le bon mot à employer, ici, pour transcrire ce qui transpire tout au long du livre ? Sr. Marie Keyrouz se donne tout d’un trait sans rien garder. Elle se consacre au chant, et à l’amour de ceux qui seront à même de porter le monde et la paix dans leurs cœurs en écoutant les grâces que Dieu lui donnent, et qu’elle rend au centuple. « Le chant sacré est l’essence de toute une vie. De ma vie. Il exige votre âme, chaque fibre de votre corps. Après des décennies, je me sens encore débutante devant la profondeur et l’immensité de l’enjeu : être digne de ce qu’il doit servir, la Parole de Dieu ».



La religieuse libanaise parle d’elle bien sûr, mais aussi du chant sacré, de la technique vocale, de sa voix, de la différence entre la musique sacrée occidentale et orientale, de la théologie occidentale et de la théologie byzantine… Elle explique. Elle donne une dimension et une profondeur à ce qu’elle met en pratique depuis ces nombreuses années.
Nous accompagnons Sœur Marie dans sa quête de Dieu et dans l’amour des Hommes, des petits et des enfants. « Elle cherche l’essentiel…, et à travers (son) art, elle cherche à s’élever et à emmener ceux qui l’écoutent vers la transcendance » (page 136).
Puisse cet « instrument de l’âme » nous porter à croire encore, avec elle, à la Paix, en l’espérance et en la beauté du monde… Un livre à mettre dans vos bagages pour votre prochain voyage en train… Vous en sortirez apaisés.
Père Patrice Sabater, cm
Février 2018

Sœur Marie KEYROUZ, Voix Sacrée - instrument de l’âme. Editions BAYARD, Paris 2017. 162 pages. 14,90 €
http://www.chretiensdorient.com/2018/02/recension-du-livre-de-soeur-marie-keyrouz-voix-sacree-instrument-de-l-ame.editions-bayard-2017.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

dimanche 28 janvier 2018

La censure au Liban, comment ça marche ?

Ayman Mhanna, directeur de l'association SKeyes, explique à L'Orient-Le Jour les différentes étapes du processus. 
Julien ABI RAMIA | OLJ  25-1-2018

La récente polémique autour du film The Post, réalisé par Steven Spielberg, d'abord interdit de projection dans les salles de cinéma libanaises avant d'être finalement autoriséjeudi dernier sur décision du ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, a mis en lumière la complexité des méandres du processus de censure au Liban
Des groupes de pression au ministre de l'Intérieur en passant par la Sûreté générale, quels sont les chaînons de la censure au Liban? Ayman Mhanna, directeur de l'association SKeyes, répond aux questions de L'Orient-Le Jour.

L'obtention d'une licence
"Tous les films, pièces de théâtre ou autres productions artistiques doivent d'abord obtenir une licence de production pour être diffusés au public", explique M. Mhanna.
Ce précieux sésame, sollicité par les artistes, producteurs et distributeurs de ces œuvres, est attribué par la Sûreté générale (SG), chargée de gérer la censure des films, des livres, publications et des pièces de théâtre, notamment sur la base du respect des mœurs, ou de la délicate question des liens d'une œuvre artistique avec Israël.
"Les films sont visionnés par des agents du département des médias au sein de la Sûreté générale, dirigé par le général Nabil Hannoun. Si cette instance considère qu'un film ou l'un de ses passages peuvent susciter la polémique, elle prévient les personnes, responsables politiques, organismes ou institutions pouvant être visés", explique le directeur de SKeyes, qui précise qu'il s'agit d'un "usage officieux, non borné par des lois".
Il arrive fréquemment que l'armée libanaise, le Hezbollah ou les autorités religieuses, comme le Centre catholique d'information ou Dar el-Fatwa, soient prévenus de l'existence de passages controversés et invités à donner leur point de vue.
Les publications de presse étrangères sont également passées au crible par la Sûreté générale.
Les publications étrangères requièrent aussi une licence pour être importées et distribuées. La Sûreté générale examine ensuite chaque numéro de ces publications et le ministère de l'Information peut en interdire leur importation ou confisquer des exemplaires. A plusieurs reprises ces dernières années, des quotidiens ou hebdomadaires importés ont vu certaines de leurs pages biffées ou carrément déchirées. Après la mort de l'ex-président syrien Hafez el-Assad en 2000, plusieurs numéros de journaux étrangers, ayant publié des articles critiques contre l'ancien maître de Damas, avaient été interdits à la vente. En 2007, un numéro du mensuel français "Historia", consacré à une biographie non autorisée de Jésus, avait également été censuré.





Comité de censure
Après ce premier visionnage, il arrive également que les séquences posant problème soient tout simplement retirées.
Pour les œuvres les plus controversées, le comité chargé de la censure des films cinématographiques diffusables est convoqué. Ce comité est composé d'un responsable du département chargé de l'audiovisuel au sein de la SG, représentant le ministère de l'Intérieur, ainsi que des représentants des ministères des Affaires étrangères, de l'Information, de la Culture, de l’Éducation, de l’Économie et des Affaires sociales. "Ce comité émet alors une recommandation d'interdire ou d'autoriser la diffusion de l’œuvre", explique M. Mhanna.  
Dans le cas de The Post, le comité avait recommandé d'interdire la diffusion du film, notamment en raison de la présence du réalisateur américain sur une liste noire dressée par la Ligue arabe qui appelle au boycott de toute personne ayant un lien avec Israël. Au moment de la guerre de juillet 2006 entre Israël et le Hezbollah au Liban, M. Spielberg avait donné un million de dollars à des œuvres de charité israéliennes.
"Cette recommandation est ensuite transmise au ministère de l'Intérieur qui a le dernier mot pour statuer et qui peut passer outre cet avis", poursuit M. Mhanna. Malgré la recommandation d'interdire la projection du dernier film de M. Spielberg, M. Machnouk a ainsi décidé d'autoriser sa diffusion, estimant que les événements relatés dans le film n’ont aucun rapport avec le conflit avec Israël. Le film, qui réunit à l'affiche Meryl Streep et Tom Hanks, revient sur la publication inédite en 1971 par le Washington Post de documents confidentiels du Pentagone, exposant les fausses allégations des États-Unis en lien avec la guerre du Vietnam.

Groupes de pression
La Sûreté générale et le ministère de l'Intérieur sont soumis à la pression de divers groupes qui, parfois, finissent par obtenir gain de cause.
Ainsi, le film australien "Jungle", adapté d'un roman israélien qui raconte l'histoire vraie d'un baroudeur de la marine israélienne, Yossi Ghinsberg, égaré dans la forêt amazonienne en Bolivie en 1981, a vu sa licence retirée après deux semaines de diffusion dans les salles. Ce film avait été critiqué par la "Campagne pour le boycott des soutiens d'Israël au Liban".
Cet organe de pression continue à se mobiliser contre le film The Post, notamment aux côtés du Hezbollah qui avait exprimé la semaine dernière son opposition à l'autorisation accordée à la projection du film par la voix de son secrétaire général, Hassan Nasrallah.
En 2004, la Sûreté générale avait retiré des librairies libanaises le "Da Vinci Code", le roman de Dan Brown, suite à un avis du Centre catholique d’information, qui y voyait une atteinte au Christ. La SG, à qui l'avis avait été transmis, s'était alors appuyée sur la législation libanaise sur les imprimés qui stipule que “toute publication, portant atteinte aux croyances religieuses est interdite”. Deux ans plus tard, le film tiré du livre, avait également été interdit.


Recours compliqués
Ayman Mhanna indique qu'il arrive que la Sûreté générale et le comité de la censure choisissent de tarder à statuer. "Si une demande d'autorisation n'est pas tranchée en moins de trois mois, la demande est considérée comme rejetée", explique-t-il, prenant l'exemple de festivals de cinéma organisés au Liban lors desquels des films programmés n'ont pas pu être projetés pour cette raison. 
Il indique également qu'il est possible de déposer un recours auprès du Conseil d’État pour casser une décision d'interdiction. Mais les décisions de l'instance juridique suivent quasi-automatiquement celles de la Sûreté générale et du ministre de l'Intérieur, déplore-t-il. "Nous incitons toutefois les personnes qui le souhaitent à saisir la justice" dans ce genre de dossier, souligne M. Mhanna, estimant que "ces affaires doivent être traitées auprès des instances juridiques".


Productions libanaises, le parcours du combattant
Le directeur de Skeyes explique enfin qu'il est "très compliqué pour un Libanais de tourner un film ou donner une pièce de théâtre". "Pour obtenir une autorisation de filmer sur le territoire libanais, les réalisateurs, metteurs en scène ou producteurs doivent déposer le scénario auprès de la SG qui autorise ou non le tournage ou la représentation de l’œuvre cinématographiques ou théâtrales.
"Ensuite, pour tourner, les réalisateurs doivent obtenir l'autorisation de diverses instances selon les lieux", ajoute-t-il, prenant pour exemple Solidere ou la sécurité du Parlement pour le centre-ville de Beyrouth, ou les régions dans lesquelles le Hezbollah est présent.
Lorsque l’œuvre est terminée, elle est alors déposée au département chargé de l'audiovisuel au sein de la SG pour lancer le processus menant à l'autorisation ou non de l’œuvre.
La semaine dernière, en pleine polémique autour du film The Post, une source proche du ministère de l'Intérieur avait laissé entendre à L'Orient-Le Jour que le processus de censure pourrait être modifié à l'avenir.

Lire aussi
La culture des ciseaux, l'éditorial de Issa GORAIEB
E.T. go home !l'édito de Ziyad Makhoul
https://www.lorientlejour.com/article/1095997/la-censure-au-liban-comment-ca-marche-.html

vendredi 26 janvier 2018

حمّود يدّعي على هشام حداد.. ووهّاب ينصحه بـ"عدم المغامرة"

ليبانون ديبايت" 25-1-2018

طلب المدعي العام التمييزي، القاضي سمير حمود، الادعاء على الاعلامي ومقدم برنامج "لهون وبس" هشام حداد، على خلفية تطرقه في احدى حلقات برنامجه لولي العهد السعودي، الامير محمد بن سلمان، حيث نصحه فيها بعدم تناول الوجبات السريعة، بحسب ما افاد وكيل حداد، المحامي اشرف الموسوي، في حديث لـ"ليبانون ديبايت".

وقد أحالت النائب العام الاستئنافي، القاضية غادة عون، الادعاء الى محكمة المطبوعات بجرم المادة 23 من القانون104/77.

في السياق، غرّد رئيس حزب التوحيد العربي وئام وهاب، ناصحًا "القاضي حمود بعدم المغامرة بالإدعاء على حداد، إذا كان لا يستطيع الإدعاء على من يشتم سوريا وبقية الدول الشقيقة".

وشدد وهاب في تغريدته على انه "إما قانون على الجميع وإما ممنوع الإستنساب".



 

 

jeudi 25 janvier 2018

Le pape François propose une prière pour les journalistes


Le pape François propose une prière pour les journalistes
ARTICLE | 24/01/2018 | Par Agence I.MediaLe message du pape François pour la 52e Journée mondiale des communications sociales a été diffusé par le Saint-Siège le 24 janvier 2018. Le pontife a proposé de s’inspirer de la prière de saint François d'Assise pour « s’adresser à la Vérité en personne ».
Seigneur, fais de nous des instruments de ta paix.
Fais-nous reconnaitre le mal qui s'insinue dans une communication qui ne crée pas la communion.
Rends-nous capables d'ôter le venin de nos jugements.
Aide-nous à parler des autres comme de frères et de sœurs.
Tu es fidèle et digne de confiance; fais que nos paroles soient des semences de bien pour le monde :
Là où il y a de la rumeur, que nous pratiquions l'écoute;
Là où il y a confusion, que nous inspirions l'harmonie;
Là où il y a ambiguïté, que nous apportions la clarté;
Là où il y a exclusion, que nous apportions le partage;
Là où il y a du sensationnalisme, que nous usions de la sobriété;
Là où il y a de la superficialité, que nous posions les vraies questions;
Là où il y a des préjugés, que nous suscitions la confiance;
Là où il y a agressivité, que nous apportions le respect;
Là où il y a la fausseté, que nous apportions la vérité.
Amen.

http://www.famillechretienne.fr/eglise/pape-et-vatican/le-pape-francois-propose-une-priere-pour-les-journalistes-231085

samedi 13 janvier 2018

La transmission au risque de la communication


La transmission au risque de la communication

Publié le par Garrigues et Sentiers
La communication est devenue la préoccupation majeure aussi bien des institutions que des candidats à des fonctions électives. Lorsque telle organisation ou tel élu n’ont pas répondu aux attentes qu’ils avaient suscitées, ceux-ci réagissent le plus souvent en évoquant un manque ou une erreur de communication. On s’adresse alors à des cabinets d’experts pour que le message émis devienne plus en phase avec la demande des usagers ou des électeurs.

Communiquer serait l’alpha et l’oméga de notre vie collective envahie de plus en plus par ce qu’on appelle le « bruit médiatique ». Ainsi nos sociétés vivraient ce que l’analyste des médias Marshall Mac Luhan avait diagnostiqué il y a déjà une cinquantaine d’années : « le message, c’est le medium » (1). L’effet produit par la technique  et l’outil de communication deviennent plus importants que le message véhiculé par ce support. Ce qui jadis faisait l’objet de discussions, de confrontations, de valeurs partagées, tend à se transformer en techniques de persuasion, « en temps réel », pour parler le langage des informaticiens, à destination d’une société perçue comme gisement d’électeurs ou de consommateurs.

Régis Debray est aujourd’hui un des meilleurs spécialistes de la « médiologie » qui étudie les paradoxes de la transmission culturelle. À l’occasion d’un dialogue avec le théologien dominicain Claude Geffré, il analyse avec beaucoup de pertinence ce qui sépare la communication d’une authentique transmission : « J’oppose totalement transmission et communication. Elles sont pour moi comme l’eau et l’huile. La communication, c’est le transport d’une information dans l’espace, la transmission, c’est son transport dans le temps. Plus il y a de communication, moins il y a de transmission. La communication est mon “ennemie n° 1” ; c’est peut-être pourquoi, je n’ai pas de bons rapports avec les journaux… » (2).

L’inflation de l’information ponctuelle et événementielle, qui, avec internet, a pris des proportions gigantesques, n’a plus rien à voir avec le lent mûrissement qu’exige toute authentique transmission. Pour Régis Debray, « La transmission, au fond, c’est la culture. L’homme est le seul animal qui ait une histoire parce qu’il est le seul animal à transmettre, les autres ne faisant que communiquer, les malheureux. Et là où il y a continuité cumulative – c’est-à-dire stockage et transmission d’informations puis apprentissage du maniement de ce stock – il y a anthropogenèse, histoire, inscription d’une mémoire, bref, temporalité et culture » (3).

L’histoire de l’homme commence lorsqu’un être vivant, parfaitement adapté à son milieu « en temps réel » grâce à l’instinct, se pose une question et diffère sa réponse à la sollicitation de son environnement. L’humanité apparaît avec la « perte de temps » qui consiste à substituer à une réponse immédiate un temps de réflexion et de débat.       Pour Claude Geffré, c’est ce long travail qui caractérise une authentique « religion » qui se veut fidèle à son rôle de transmission : « Je réserve le mot religion à la relation avec une transcendance ayant fonction d’altérité. Une fonction de remise en question et d’interrogation de l’homme par rapport à lui-même. Soit une fonction qui conduit à un décentrement de l’homme vers autre chose que lui-même, vers un ailleurs » (4).

Bernard Ginisty

1 – Cf. entre autres Marshall Mc LUHAN (1911-1980)Pour comprendre les media, Paris, éd. du Seuil, 1968.
2 – Régis DEBRAY, Claude GEFFRÉ (1926-2017) Avec ou sans Dieu ? Le philosophe et le théologien, Paris, éd. Bayard, 2006, p. 38.
3 – Ibidem, p. 64.
4 – Ibidem, p. 62.
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jeudi 21 décembre 2017

Le Vatican a ouvert son nouveau portail d’information

La réforme de la communication vaticane a pris un visage concret, samedi 16 décembre, avec la mise en ligne, dans l’après-midi, du nouveau portail d’information www.vaticannews.va qui rassemble, sous une même bannière, des médias du Saint-Siège jusqu’ici éclatés en plusieurs marques.
D’une navigation fluide et aisée, décliné aussi sur les réseaux sociaux Facebook, Twitter, Instagram et YouTube, VaticanNews se veut résolument multimédia, jouant largement de l’audio et de la vidéo, les grandes forces des anciens Radio Vatican et Centre de télévision du Vatican (CTV).
« Plus que d’un nouveau site, il s’agit d’un nouveau portail d’information qui unifie les différents médias du Saint-Siège, explique Jean-Charles Putzolu, un des responsables du portail. Ainsi les sites de Radio Vatican, celui du CTV et le site news.va ne font désormais plus qu’un, afin d’unir nos forces pour offrir une nouvelle image de la communication vaticane. »
https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Le-Vatican-ouvert-nouveau-portail-dinformation-2017-12-17-1200900141

mercredi 20 décembre 2017

65 journalistes tués en 2017, selon RSF



https://rsf.org/fr/bilan-des-journalistes-tues-detenus-otages-et-disparus-dans-le-monde-en-2017

L’affaire Marcel Ghanem, une « dérive vers la dictature »

Depuis le 10 novembre dernier, notre confrère Marcel Ghanem est poursuivi en justice pour avoir reçu sur le plateau de son talk-show, Kalam el-Nass, deux journalistes saoudiens qui se sont livrés à de violentes critiques adressées au pouvoir en place.
Mais au-delà de la procédure judiciaire lancée par le ministre de la Justice, Salim Jreissati, à l'encontre du journaliste-vedette de la LBCI, cette question ne fait que s'amplifier et devient de plus en plus liée à la liberté d'expression et de la presse, garantie par la Constitution dans un pays qui se veut démocratique et respectueux des droits de l'homme. D'autant que Marcel Ghanem avait fait l'objet lundi d'un mandat d'amener émis par le premier juge d'instruction du Mont-Liban, Nicolas Mansour.
Si cet acte vise principalement à mener M. Ghanem à comparaître devant le juge d'instruction pour être interrogé le 4 janvier 2018, certains – notamment dans les milieux de l'opposition – y ont décelé une grave atteinte à la liberté de la presse, mais aussi et surtout une sérieuse menace au régime politique du pays et au principe de la séparation des pouvoirs, dans la mesure où l'affaire Ghanem serait une preuve de l'intervention du pouvoir politique dans l'action du pouvoir judiciaire.

C'est d'ailleurs sur ce dernier point que le député Boutros Harb, avocat de M. Ghanem, a axé sa conférence de presse tenue hier à son bureau, à Hazmieh. Étaient présentes plusieurs personnalités politiques et du monde de la presse et des médias venues exprimer leurs solidarité avec Marcel Ghanem. Il y avait notamment l'ancien président de la République Amine Gemayel, les députés Nadim Gemayel, Samer Saadé, Dory Chamoun, Nayla Tuéni et Atef Majdalani, ainsi que les anciens ministres Alain Hakim et Ziyad Baroud. Il y avait aussi nos collègues Michel Hajji Georgiou (chef du service local à L'Orient-Le Jour), May Chidiac, Assaad Béchara, Georges Ghanem, et le PDG de la LBCI, Pierre Daher.


Plainte contre le juge Mansour
Réitérant les faits de l'affaire Ghanem, Boutros Harb a clairement fait savoir que son client n'a pas été notifié de la procédure lancée à son encontre par la procureure générale près de la cour d'appel du Mont-Liban, Ghada Aoun, conformément aux textes de lois en vigueur. « Marcel Ghanem est poursuivi pour diffamation à l'encontre du chef de l'État et pour avoir résisté à la justice et refusé de se présenter devant le juge », a martelé Boutros Harb, faisant valoir que les actes attribués à M. Ghanem ne constituent pas un crime, et qu'il n'y a pas de sanctions à ces actes. « C'est pour cette raison que nous avons décidé de présenter un recours pour vices de forme devant le premier juge d'instruction au Mont-Liban, Nicolas Mansour », a-t-il ajouté.

Détaillant cette décision, le député du Batroun a indiqué que « l'article 73 du code de procédure pénale stipule que "chaque avocat a le droit – même en l'absence de son client – de présenter un recours pour vices de forme" ». « Mais, en dépit de ce texte, le juge a refusé de recevoir le recours exigeant la présence de Marcel Ghanem en personne, sous peine de prendre les mesures adéquates à son encontre. Il a ainsi violé les règles de droit », a déploré l'avocat, soulignant qu'il a présenté une note réclamant de nommer un autre juge pour étudier l'affaire, et qu'il a déposé une plainte contre le juge Mansour auprès de l'Inspection judiciaire.
Commentant par ailleurs le mandat d'amener émis à l'encontre de M. Ghanem, M. Harb a mis en garde contre « le début d'une dérive vers la dictature », soulignant par la même occasion que son client est prêt à comparaître devant la justice le 4 janvier.


« Jamais eu peur de Ghazi Kanaan »
Commentant l'affaire sous un angle strictement politique, Boutros Harb a mis en garde contre « une menace à laquelle fait face le régime politique libanais, notamment en ce qui concerne le principe de la séparation des pouvoirs et l'indépendance du pouvoir judiciaire ». M. Harb n'a d'ailleurs pas manqué de stigmatiser « une tentative de la part du pouvoir politique de contrôler la justice et de la dompter pour servir des intérêts politiques ».

Allant beaucoup plus loin, Boutros Harb a déclaré sans détour : « C'est cela qui explique la bataille acharnée, menée par le pouvoir politique, pour imposer les nominations judiciaires qui lui conviennent pour pouvoir porter atteinte à ses adversaires. » Pour M. Harb, « cela nous rappelle les régimes totalitaires et policiers axés sur la corruption, la persécution et le musellement des opposants, ainsi que les atteintes aux libertés ».
Même son de cloche chez Amine Gemayel. Prenant la parole au début de la conférence de presse, il a exprimé ses craintes quant à l'avenir des libertés au Liban, dans la mesure où celles-ci constituent la raison d'être du pays du Cèdre, mettant l'accent sur les retombées négatives des pressions exercées sur le pouvoir judiciaire.

Interrogé par L'Orient-Le Jour en marge de la conférence, Marcel Ghanem a voulu adresser ce message clair au mandat Aoun et au ministre de la Justice, Salim Jreissati : « Il est grand temps de se rappeler du régime démocratique libanais, principalement axé sur la liberté de la presse et des médias. » « Ce qui s'est produit récemment n'est pas digne d'un sexennat qui brandit le slogan du changement et de la réforme », a ajouté le journaliste.
Tout comme le journaliste-vedette, Pierre Daher, PDG de la LBCI, semble déterminé à mener jusqu'au bout la bataille de la liberté des médias. Joint par L'OLJ, il assure que la chaîne ne craint aucunement de tels agissements de la part du pouvoir politique pour dompter les médias. « Nous n'avons jamais eu peur de Ghazi Kanaan. Nous n'allons pas craindre le pouvoir aujourd'hui », lance-t-il sur un ton déterminé.
Enfin, Rami Rayes, responsable de la section média au sein du Parti socialiste progressiste, s'est indigné, via L'OLJ, des atteintes à la liberté d'expression qui constitue une des plus grandes qualités du Liban.


https://www.lorientlejour.com/article/1090428/laffaire-marcel-ghanem-une-derive-vers-la-dictature-.html